Grand projet inutile à Marseille : non à l’usine Eurolinks au technopôle !

Alors que le chantier de construction d’une usine de maillons de munitions a débuté au technopôle de Château-Gombert (Marseille 13e), certains le considèrent comme étant un grand projet non seulement inutile mais également néfaste, pour la sécurité des habitantEs comme pour la préservation de l’environnement.

Un vaste chantier… au service du ministère des Armées

L’usine Eurolinks fabrique des maillons pour munitions destinées à fabriquer des armes. Depuis 1955, elle est implantée à la Pointe-Rouge (8e arrondissement de Marseille, aujourd’hui plutôt bourgeois mais anciennement ouvrier avec les usines à plomb, aux portes du parc national des Calanques). Elle a aujourd’hui pour projet de s’installer dans le 13e arrondissement, sur demande express de la Métropole Aix-Marseille. Sur son site internet, la société euphémise les guerres impérialistes et coloniales françaises comme de simples « conflits indochinois et algérien ». Guerres pour lesquelles elle a contribué à fournir ses « produits de qualité »1 ! Ainsi, Eurolinks vend sa marchandise en très grande partie au ministère des Armées.

Dernier fabricant français dans son domaine, Eurolinks, créé en 1955 sous le nom SPIR (Spécialisation industrielle Philippe Rossi) emploie 73 salariéEs. pour produire environ 300 millions de balles par an – une grande partie destinées à l’exportation, notamment aux États-Unis d’Amérique, dont on sait le sinistre usage2. Forte d’un chiffre d’affaires de 9.3 millions d’euros (en 2018), d’un projet de déménagement pour s’agrandir (officiellement, pour atteindre 4000 m2) et en raison des nuisances et risques industriels (officieusement, pollutions atmosphériques et du sol par la présence de chrome, nickel et plomb notamment, pollution sonore due aux poids lourds qui assureront la logistique jour et nuit 7 jours sur 7, pollution olfactive, plaintes des habitantEs) et de la volonté des élus locaux du 8e arrondissement au sud de Marseille, l’usine a fini par obtenir le droit de s’étendre en déménageant au technopôle de Château-Gombert (13e, nord est de Marseille). Permis de construire et autorisation d’exploitation ont été obtenus, en toute discrétion…

Dangers pour l’environnement et les habitantEs

L’enquête publique réalisée entre le 25 juillet au 21 septembre 2018 n’a recueilli… qu’une seule contribution ! Est-ce vraiment une concertation publique ?

L’affichage légal du permis de construire a été réalisé en juillet 2020. Autrement dit pendant l’été, période de congés où une partie des riverainEs partent en vacances, et dans le contexte du covid, entre confinement et déconfinement, dans une zone de bureaux, vidée de ses salariéEs et de l’ensemble des élèves du collège, des écoles et des crèches… Et pas sur les lieux concernés ! En effet, les affichages se situaient à Plan-de-Cuques (commune indépendante de Marseille limitrophe du technopôle) et dans le 7e arrondissement de Marseille… La Grande muette aurait-elle voulu se montrer discrète ?

Rappelons que l’usine a été mise en demeure par la préfecture pour « non conformité de ses installations » en 2004 et 2008 sur son site de la Pointe-Rouge, sans que cela remette en cause ses activités. Elle prétend sur son site « se concentrer sur d’autres secteurs d’activité que l’armement » sans que son catalogue s’en étoffe…

L’actuel emplacement du chantier présente pourtant un grand danger. Situé à proximité de crèches, d’écoles, et du collège André Malraux (comptant plus de 800 élèves, situé à 100 mètres), les risques industriels et environnementaux sont largement minimisés. C’est d’ailleurs la mission régionale d’autorité environnementale de Provence-Alpes-Côte-d’Azur qui le dit dans son rapport de 20183 : « absence d’étude de solution de substitution, absence d’état initial de la qualité de l’air, justification insuffisante des polluants atmosphériques retenus et non retenus dans l’étude sanitaire, état initial du trafic routier non représentatif, état initial du bruit non représentatif et absence d’évaluation des incidences Natura 2000 ».

L’entreprise ne mentionne d’ailleurs à aucun moment dans ses rapports la présence de zones sensibles autour de l’emplacement de l’usine. Les risques les plus importants sont ceux d’émissions polluantes par le rejet de chrome, nickel, notamment. Précisons que les relevés de qualité de l’air ont été établis à la station de Plombières, soit à plus de 5 km du site. Ils n’ont donc aucun intérêt scientifique et minimisent largement les risques.

Par ailleurs, le va-et-vient des poids lourds augmentera fatalement le trafic routier, les émissions polluantes et la pollution sonore à un carrefour d’ores et déjà dangereux et surchargé, juste en face du collège.

Pour rappel, les riverainEs de la Pointe-Rouge se plaignent de mauvaises odeurs, des émissions de chlore et de nickel, d’une sorte de rouille flottant dans l’air suite aux lâchages nocturnes de matières volatiles, d’angoisses liées aux risques d’explosion, de pollutions chimiques pour les sols, etc. Les relevés de plaintes sont publiques et peuvent être consultés sur le site de relevés de surveillance des odeurs de PACA4.

Un permis de construire (de tuer ?) sur le dos de l’environnement et des habitantEs

Le permis de construire a été octroyé par l’ancien maire de Marseille Jean-Claude Gaudin en 2017, comme un cadeau d’adieu avant son remplacement par l’union de la gauche « Printemps marseillais » en juin 2020.

Or, la ZAC du technopôle de Château-Gombert interdirait de construire une usine… un recours au tribunal administratif a été déposé.

Un terrain dont la Soleam était propriétaire

La Soleam (Société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire métropolitaine) est tristement célèbre à Marseille pour avoir fait poser un mur de béton (de la honte) en octobre 2018 pour éloigner les opposantEs au projet de « requalification de la Plaine », autrement dit de gentrification.

La « bataille de la Plaine »5 est le nom donné à la rébellion des MarseillaisES contre les promoteurs afin de préserver la place Jean-Jaurès (surnommée La Plaine) jouxtant les 1er, 5e et 6e arrondissements. Cette bataille, perdue, avait donné lieu à quatre ans de luttes entre les opposantEs et les promoteurs.

À la veille des effondrements de deux immeubles de la rue d’Aubagne le 5 novembre 2018, ayant coûté la vie à 8 personnes — et dans lequel la Soleam a sa part de responsabilité —, les frais de communication autour du chantier ont flambé entre 2015 et 2018, passant de 40 000 euros à 190 000 euros. Pendant ce temps Marsactu nous informe de ses insuffisances, chiffres à l’appui :

« Même écrit en toutes lettres, le bilan de l’opération “Grand centre-ville”, portée par la Soleam n’en est pas moins d’une maigreur affligeante. 31, c’est le nombre de logements neufs produits par la société publique locale dans le cadre de cette opération de 2010 à 2018. Ce vaste chantier de rénovation urbaine du centre ancien devait pourtant déboucher sur la production de 1400 logements neufs en dix ans. Quant à la rénovation du bâti existant, le bilan est tout aussi maigre : 14 logements améliorés sur les 2000 prévus. En fait, en matière d’habitat indigne, pas grand-chose n’a été fait durant cette période, amenant la métropole à relancer l’opération “Grand centre-ville” pour cinq ans »6.

Le journaliste d’investigation marseillais Xavier Monnier a mis en lumière la permanence de l’insalubrité du bâti marseillais, qui concerne « 40 000 logements insalubres, près de 4 000 immeubles, 100 000 personnes logées, 13 % de l’habitat », soit « 1 Marseillais sur 10 en danger »7. Insalubrité du bâti et collaboration avec un projet mortifère, la Soleam est décidément de tous les bons coups…

Vers une contestation du pot de terre contre le pot de fer ?

Alertés par une pétition8 et par les questions soulevées par le Comité d’intérêt de quartier9 de Château-Gombert, les contestataires commencent à s’organiser. À proximité, l’association des jardins potagers familiaux du théâtre Athéna, qui avait gagné une lutte de longue haleine pour sauver un terrain voué à la construction immobilière10, déjà contre la Soleam, est vent debout contre ce projet. Des réunions avec des élus, notamment Alexandra Louis, députée LREM, ont eu lieu. Cette dernière a pris position contre le projet en parlant sur Twitter de « politique du fait accompli ». Des actions d’information et de blocage du site sont envisagées dans les jours à venir.

Eurolinks mérite la qualification de Grand Projet inutile et dévastateur !

Contrairement à ce qu’indique la communication de l’entreprise Eurolinks sur son site, et parfois contrairement à celle plus « scientifique » du think tank Stockholm International Peace Research Institute (Sipri)11 auquel est rattaché son PDG (toute honte bue), Jean-Luc Bonnelli, la fabrication d’armes de guerre ou de munitions comme leur « consommation » ne peut pas être sans dangers, directs (homicides, bavures, destruction d’environnements) ou indirects (pollution du sol et atmosphériques, risques d’accidents, risques sanitaires pour les riverains, marché noir, etc.), contribue à renforcer l’impérialisme, et détruit la planète.

Pour imposer une alternative écosocialiste, nous n’aurons d’autres choix que de réquisitionner les entreprises de l’armement comme Eurolinks, exproprier leurs PDG et actionnaires et reconvertir les emplois vers des filières utiles, justes et respectueuses du droit de l’environnement. Cela doit commencer par impulser au sein de l’usine actuelle de Pointe-Rouge un syndicalisme de classe et de transformation. Ce n’est que de cette manière que nous irons vers un pouvoir écolo et populaire !

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(Re)joindre ou suivre la lutte

Facebook : https://www.facebook.com/stopeurolinks13013

Mail : stop.usine.zac.chateaugombert@gmail.com

 

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